Test DVD Orson Welles Dossier Secret

Test DVD Dossier Secret

Test DVD Dossier Secret

 

 

L'histoire:

Dossier Secret débute en Europe, dans les années 60. Un certain Bracco meurt, poignardé, meurt dans les bras de Guy van Stratten et de sa compagne, Mily. Avant de pousser son dernier soupir, l'homme bredouille le nom de de Gregory Arkadin, dont le secret serait si terrible que le découvrir rendrait riche l'heureux aventurier. Guy, accompagné de Mily, décide alors de mener l'enquête sur l'inquiétant et imposant homme d'affaire, mais bien vite c'est Arkadin qui prend les devants, et demande au petit truand d'enquêter sur son passé. En effet, Gregory Arkadin se prétend amnésique, et aimerait faire la lumière sur son passé trouble. Problème, les morts s'enchaînent bien rapidement autour de Guy...

Le Test DVD

Image 5/5

 

Dossier Secret est littéralement remis en état par Carlotta, sans trahir une seul seconde le travail de Welles. Et on peut dire que le travail n'était pas simple, tant le réalisateur a joué avec les dégradés, surtout dans les noirs. Le rendu est nickel, sans aucun doute la meilleure édition de ce film.

Son 4/5

 

Deux pistes sont proposées : une anglaise, et une française. Les deux sont en DTS Master Audio 1.0. Une nette préférence pour la version originale, largement plus pêchue, plus vivante. Le tout est d'une belle qualité.

Bonus 4,5/5

 

"Orson Welles et le dossier Arkadin" fait appelle à Jean-Pierre Berthomé qui, prendant 47 minutes, démontre son talent d'historien du cinéma. On boit ses paroles, et les anecdotes fusent. "Men of Mystery", qui dure 25 minutes, présente Simon Callow, auteur d'une grosse biographie sur Welles, et qui nous rapporte son expérience, notamment une entrevue avec Robert Arden, l'interprète de Guy Van Stratten. Autre contenu très intéressant, des rushes du film, totalement inédits, retrouvés dans les archives de la cinémathèque de la ville de Luxembourg. On y voit Welles devant la caméra, sa métholdologie d'acteur, mais aussi on l'entend donner des indications à ses comédiens. Un document intéressant pour les cinéastes et acteurs en herbe.

Le film


Toujours aussi volontaire quand à la préservation des chefs-d'oeuvre du septième art, Carlotta décide de sortir une nouvelle édition d'un film parmi les plus intéressants de Orson Welles : Dossier Secret, aussi connu sous son titre original Mr. Arkadin. Welles est un technicien du chaos, brillantissime et incapable de donner le meilleur de lui-même sans cette touche de désordre, de fatras désiré plus ou moins consciemment. Dès le début de ce projet Dossier Secret, l'existence de ce film semble accidentel : il est inspiré d'un épisode issu d'une émission radiophonique (The Lives of Harry Lime) , qui lui même était inspiré... par le personnage incarné par Welles dans Le Troisième Homme. Ajoutons à cela moult anecdotes qu'on vous laisse découvrir dans les très bons bonus de cette édition signée Carlotta, et on comprendra mieux la réputation d'artiste bordélique qu'a pu se forger Welles.

Avec Dossier Secret, Orson Welles pousse à fond certains de ses tics de réalisation, de forme. Le 1.85 en focale courte défigure juste ce qu'il faut les personnages afin d'en exagérer l'apparence, et surtout les tares, tout en travaillant la profonder de champ. Welles s'amuse avec Arkadin, il repousse les limites. L'enquêteur un peu fade afin de laisser la domination à l'antagoniste ? Le réalisateur va jusqu'au bout, et engage même un comédien assez quelconque, Robert Arden, qu'on ne reverra quasiment plus après ce film. Le but est, on le comprend, d'imager la vision du monde que se fait Gregory Arkadin. Il serait erroné que de penser que Welles se fait uniquement plaisir en déformant ses cadres via ses objectifs, et si, par la suite, le metteur en scène s'attaquera au Procès de Kafka, c'est bien parce que la vision, et seulement elle, l'intéresse. Le point de vue, qui se propage sur les protagonistes de l'histoire. La gallerie des personnages de ce Dossier Secret restera d'ailleurs comme l'une des plus follement belles dans la carrière de Welles.

Le scénario de Dossier Secret est d'une fluidité que même Citizen Kane n'avait pas atteinte. Le rythme est saisissant, ne laisse aucun temps mort, aucun creux. Guy van Stratten avance à grands pas vers la solution de la problématique posée par Arkadin, mais plus il s'approche, et plus la mort frappe. La menace rôde dans ce film, au rythme des plans où l'imposant Orson Welles, à la barbe soigneusement taillée mais tout de même animale, apparaît pour dévorer l'espace. Véritable croquemitaine, ogre de conte, Arkadin rend le climat lourd, sinistre. Plus l'enquête avance, plus le personnage, stoïque en apparence, prend des décisions qui trahissent une certaine panique. Veut-il retrouver son passé, ou ne veut-il pas que son passé le retrouve ?

Dossier Secret fut tourné un peu partout en Europe, aussi bien en France qu'en Espagne, en passant par l'Allemagne. L'enquête de Guy Van Stratten l'emmène à voir du pays, exactement comme Orson Welles qui, à l'époque, tentait de se relancer après plusieurs échecs commerciaux successifs. Peut-on voir dans Dossier Secret une sorte d'auto-analyse, d'un Welles qui, afin de revenir triomphant au bercail américain, se doit d'effacer ce qui faisait de lui un réalisateur ingérable, selon les producteur de l'époque ? C'est très clair, oui. Arkadin est un homme d'affaire imposant qui a tout réussi, mais qui se doit de se racheter une virginité. Welles vient de gagner une Palme D'Or avec Othello, honneur maximum à cette époque, au Festival de Cannes 1952, et doit se racheter une virginité pour rentrer aux USA. La ressemblance est frappante, d'autant que le voyage forcé d'Arkadin répond à l'exil forcé de Welles.