Test DVD Autour du Monde avec Orson Welles

Test DVD Autour Du Monde Avec Orson Welles

Test DVD Autour Du Monde Avec Orson Welles

 

 

L'histoire:

En 1955, Orson Welles réalise une mini-série de six épisodes produite par la télévision britannique : Autour Du Monde Avec Orson Welles. Malgré la dimension internationale de son titre, la série est tournée exclusivement en Europe. L’occasion pour le spectateur de voyager avec le grand cinéaste américain, de Paris à Vienne en passant par Madrid, et de découvrir les us et coutumes de ces lieux.

Le Test DVD

Image 4/5

La qualité du rendu, si elle n'est pas tout le temps parfaite, est le résultat d'un dur labeur par Carlotta, qui a dû composer avec l'état déplorable de la version retrouvée. La plupart des imperfections ont été gommées.

 

Son 4/5

La piste Dolby Digitale 2.0 Mono estun miracle permanent. Welles ayant tourné les épisodes en son direct, on n'est pas à l'abri de quelques imprécisions, mais le rendu général est, encore une fois, miraculeux.

 

Bonus 4/5

Deux courtes présentations par Christophe Cognet, ainsi que son documentaire L'Affaire Dominici Par Orson Welles. On en voudrait toujours plus, mais gageons que le spectateur a assez de matière pour bien aborder Autour Du Monde Avec Orson Welles.

 

Le film

Mini-série de sept épisodes, Autour Du Monde Avec Orson Welles est un document bien plus intéressant qu'il n'y paraît, et Carlotta ne s'y trompe pas en nous le proposant aujourd'hui. Si les sujets n'ont rien de transcendentaux, quoique nous verrons que certains épisodes sont d'un courage à souligner, c'est surtout pour l'illustre nom qui figure au titre que la curiosité grandit. Welles le disait lui-même, ces programmes courts (25 à 27 minutes), réalisés pour ITV, un résau de chaînes privées anglaises (et diffusés en France sous le titre "Le Carnet De Voyage d'Orson Welles"), était à la fois un essai sur le documentaire, mais aussi des films de vacances. Comme toujours avec le génial réalisateur de La Soif Du Mal, rien n'est tout à fait ce que nous croyons être.

Ce qui est sûr, c'est que ce tour du monde est uniquement européen. Les deux premiers épisodes diffusés prennent place au Pays Basque, un lieu qu'on pourrait croire totalement à l'opposé de ce qu'était l'américain Welles. Outre le fait que la forme soit intéressante, avec ce montage toujours très moderne, ces raccords pano qui renforcent la vitesse sans pour autant rendre illisibles les plans (les cinéastes contemporains devraient prendre exemple, au passage), c'est le discours de Welles qui impressionne. On y découvre un homme équilibré, sachant reconnaître les dangers qu'apportent certains choix de civilisation, tout en ne fermant pas la porte au progrès, du moins le véritable. Le réalisateur loue l'éducation au grand air des enfants basques, mais aussi l'éducation difficile en classe, tout en pointant du doigt finement les dangers d'un système plus souple. C'est évident, Welles se met en scène et maîtrise parfaitement ses paroles, cependant ses prises de position sont courageuses, d'un progressisme raisonné, qu'on peut qualifier d'anticonformiste de nos jours.

Le deuxième épisode, toujours au Pays Basque, s'attarde sur la pelote, sujet intéressant mais étrangement mis en forme, à grand renforts de répétitions de plans du précédent programme. On sent que la matière manquait, et peut-être un manque d'intérêt naissant pour ce travail. Impression qui se confirmera avec les épisodes à venir, notamment celui sur la corrida madrilène, où Welles se fait carrément remplacer, à la présentation, par deux intervenants. Dommage, car le sujet est courageux, d'ailleurs il a, à l'époque, fait beaucoup parler. Entre temps, le programme consacré à Saint-Germain-Des-Près nous aura bien fait rire, en décrivant un quartier déjà bien entamé par un esprit quelque peu étrange. Entre cet américain s'habillant à la mode grecque, ou ces hommes pratiquant le lettrisme (poétique des sons, et non des mots), on retrouve déjà tout ce qui fait le sel de ce quartier si particulier. Mais surtout, cet épisode montre à quel point Welles voulait surtout s'attacher à la forme, et non au contenu. Ici, il propose une mise en scène, à l'aide d'un pseudo-journaliste qui écrirait lui-même sur le sujet, afin de travailler la narration au sein du documentaire.

Orson Welles reste fidèle à lui-même : malin et purement talentueux. Ainsi, on n'est pas étonné de le voir sans cesse se mettre en scène, tel un envoyé spécial... du fond de son jardin. En effet, les contrechamps des dialogues engagés avec les personnes interviewées n'ayant pas été tournés sur place, le metteur en scène les réalise par la suite. La magie du montage opère, bien aidée par la ruse naturelle de Welles. Tout est calculé lors du tournage, il serait tout à fait faux d'avancer que le réalisateur ne fait que bricoler en permanence. Welles sait qu'il est pris par le temps, alors il compose pour rendre crédible le manque de contrechamps. Par exemple, pourquoi interroger cet enfant dans la rue, quand on peut le faire monter dans un cerisier et, par conséquent, le faire intéragir avec Welles ? Ce dernier demande au bambin, au détour d'une question, de lui filer une cerise, ce qu'il exécute en lui lançant. Contrechamp tourné dans le jardin de Welles (ou d'un ami à lui, ou de son producteur, qu'importe) : ce dernier rattrape la cerise. La continuité sur l'action marche à la perfection, c'est simple et efficace. Welles était décidément un réalisateur hors du commun.

Le coffret édité par Carlotta ne contient pas un, mais deux trésors. Le deuxième est la reconstitution de l'épisode consacré à la bien sombre affaire Dominici, inachevé pour des raisons diverses. Manque d'intérêt, de temps, ou pression de la justice française, on ne le saura jamais clairement. Toutefois, grâce au travail de l'éditeur et du réalisateur de documentaires Christophe Cognet, on peut maintenant avoir une idée plus poussée de ce qu'avait en tête Welles. Il manque des rushs, le commentaire du réalisateur américain est malheureusement introuvable, mais la forme est assez précise pour que l'effort soit conséquent. On voit bien que Welles avait une idée très nette de l'affaire, irrémédiablement liée au sol, au dur labeur, à la pauvreté de la région, qu'elle soit financière ou environnementale. Assurément, ce n'est pas avec ce court programme qu'on aurait fait la lumière totale sur cet évènement qui a chamboulé non seulement la France, mais l'opinion mondiale. Cependant, certaines images sont bouleversantes, précieuses. Voir la famille Dominici travailler le sol aride, fertile uniquement au prix d'efforts colossaux, est quelque chose d'une force peu commune, et doit être pris en compte dans cette affaire. Signalons que ce documentaire, intitulé L'Affaire Dominici Par Orson Welles dure 52 minutes, et fut réalisé en 2000.

On l'aura compris, Autour Du Monde Avec Orson Welles est à la fois l'occasion de découvrir un peu de notre environnement, mais aussi un peu de l'Homme Welles, et surtout de confirmer son talent démesuré pour la narration, et sa maîtrise formelle. On est aussi sous le charme de la matière qu'il réussit à extraire de sujets pas spécialement spectaculaires, notamment cette rencontre merveilleuse avec un petit groupe de veuves anglaises, réunies dans une maison de retraite, touchantes d'énergie et de bonne humeur. Un moment quasiment suspendu, qui a réussit à nous émouvoir profondément. C'est aussi ça, Welles, et on a tendance à l'oublier : s'emparer de sujets simples, et en faire sortir toute la quintessence dramatique. Autour Du Monde Avec Orson Welles est donc un programme qu'on recommande chaudement à toutes et tous, précieux à plus d'un titre.