Test Blu-Ray Les Amants de Vérone

Notre test Blu-Ray

Test Blu-Ray Les Amants de Vérone

 

 

L'histoire:

À Venise, Angelo, modeste verrier, et Giorgia Maglia, fille d’un ancien magistrat fasciste, doublent tous deux les vedettes d’une adaptation de Roméo et Juliette. Sur le plateau, les jeunes gens ne tardent pas à tomber éperdument amoureux. Alors qu’ils vivent l’idylle, leur romance est menacée par Raffaele, bandit sans scrupules qui entretient la famille de Giorgia. Leur amour se révèle alors aussi tourmenté et difficile à vivre que celui des deux héros de Shakespeare…

Le Test Blu-Ray

Image 5/5

La restauration 2K de Pathé est impressionnante, redonne toute sa splendeur à la photographie d'origine. Si quelques plans sont encore imparfaits, le travail effectué est tout simplement impressionnant.

Son 3/5

Le DTS HD Master Audio souffre d'un petit souffle en fond. Il vous faudra monter le son pour profiter du spectacle. Rien de dérangeant cependant.

Bonus 4/5

Un docmentaire "Adré Cayatte, un cinéaste indigné, avec François Cognard, Yves Boisset, Alain Bonnot et Carole Aurouet, ainsi que des images d'archive du réalisateur. D'une durée de 20 minutes, ce programme nous en apprend beaucoup sur André Cayatte. La traditionnelle bande annonce est au rendez-vous.

Le film


Parmi les cinéastes dézingués par la beaucoup trop bruyante et puissante nouvelle vague (et son outil de l'époque, Les Cahiers Du Cinéma), figure en tête de liste André Cayatte. Ancien avocat au Barreau de Toulouse, ce réalisateur à l'ancienne, peu à l'aise avec la technique, s'était fait spécialiste des films policiers, véritables analyses de la justice, et même plaidoyers contre la peine de mort. Si nous parlerons un jour, nous l'espérons, de quelques uns de ses films malheureusement méconnus (Nous Sommes Tous Des Assassins en tête), aujourd'hui c'est un film, un peu à part dans sa filmographie, qui nous intéresse : Les Amants De Vérone.

Enfin, à part, pas tant que ça quond on y regarde de plus près. Certes, tout est marqué par l'adaptation et les dialogues de Prévert. Ce dernier raffolait du film dans le film, une forme idoine pour travailler les enjeux dramatiques. Qu'un poète s'empare de cette figure de style ne surprend pas vraiment, mais connaissant la suite de la carrière de Cayatte, on est tout de même assez étonné. Encore plus surprenant, le casting est tout bonnement sensationnel pour un film tourné par un cinéaste alors peu en vogue. Serge Reggiani, Anouk Aimée, Pierre Brasseur, Martine Carol, Roland Armontel, Louis Salou, excusez du peu !

Les Amants De Vérone n'est donc pas une simple adaptation de Roméo Et Juliette. Le film utilise la pièce de Shakespeare afin de construire un parallèle, une confrontation entre le moderne, et le fond de la tragédie anglaise. Reggiani joue Angelo, un jeune souffleur de verre, énergique, passionné et quelque peu aventurier. En ville, à Venise, un tournage se prépare, une énième adaptation de Roméo Et Juliette, et le producteur cherche des meubles un peu partout. En visitant la soufflerie avec sa protégée, Bettina (Martine Carol), l'homme d'affaire ne sait pas encore qu'il signe l'arrêt de mort d'Angelo qui, tout comme Roméo, va tout d'abord être attiré par l'actrice. Puis, en filoutant pour avoir accès aux plateaux pour y voir celle qu'il désire, il tombe nez à nez, c'est le cas de le dire, avec Georgia (Anouk Aimée), pour l'un des plus beaux coup de foudre vus sur un écran. La grammaire de la séquence est à étudier dans les écoles, tant l'enchaînement des tailles de plan sublime cet instant suspendu.

Les Amants De Vérone peut alors déployer toutes ses forces. La famille de Georgia, menée par Ettore, le père de Georgia, ancien magistrat fasciste, doit composer avec l'amour soudain de leur fille. Problème, cette dernière était promise à Rafaële, sorte de gangster local, qui tient sous sa domination la famille de Georgia, grâce à des documents fortement compromettants. On sent qu'Adré Cayatte a envie d'aborder certains sujets, notamment celui de la justice, qu'il aimera tant développer par la suite. Mais ce thème reste finalement assez superficiel, en sous-texte d'une intrigue amoureuse qui, elle, intéresse plus le poète Prévert. Dommage, même si le tout reste assez prenant pour ne pas ressentir de regret.

Les Amants De Vérone mélange plusieurs genres. La tragédie évidemment, la pure romance, un peu de social, mais le scénario, de par certains personnages bien loufoques (les deux tueurs à gages rappelant Laurel et Hardy), peut aussi pousser vers la comédie. De sorte qu'on est souvent surpris, pris à contre-pied. Si ça ne plaira pas aux spectateurs pantouflards, qui adorent qu'on les caresse dans le sens du poil, on peut aussi souligner le courage d'une telle décision. On comprend que Prévert a une approche qu'il voudrait à la fois réaliste et dramatisé, voulant créer chez le spectateur une multitude d'émotions.

Il est tout de même vrai que Les Amants De Vérone n'est pas réalisé par Robert Bresson. Si ce dernier a aussi toute notre estime, il serait mal venu de reprocher au cinéma de se focaliser sur une direction d'acteurs.Certains personnages du film sont hauts en couleurs. Très, parfois trop. On pense surtout à Amédéo (Marcel Dalio), en ancien soldat complètement déséquilibré. Il cabotine, en fait des tonnes, au point parfois que son personnage perd un peu de son impact. Mais, à part cet accroc, le reste du casting est impressionnant, ausi bien de par leur prestation que de par la sève des personnages. Prévert les a travaillé, bichonné, pour qu'ils servent toutes et tous une ambiance parfois bien malsaine. On pense au final, sorte de jugement s'appuyant sur les caractéristiques de chacun.

On a aussi reproché au Amants De Vérone d'être un film statique, ce qui est un peu fort de café. Que les plans n'aient pas la tremblotte, c'est certain. Qu'ils soient plats, immobiles, est une pure exagération. André Cayatte n'était pas un technicien, mais il était entouré. Très bien entouré. Henri Alekan et Jean Bourgoin (notamment au travail sur Dossier Secret) à l'image, Henri Tiquet comme opérateur, le metteur en scène pouvait tranquillement déléguer la technique pure. André Cayatte était d'une époque où l'acteur faisait le cut, tout simplement. Comment lui reprocher de laisser tourner devant un numéro comme celui de Pierre Brasseur ?

Au final, Les Amants De Vérone, sans être un morceau de génie, est un film qui se regarde avec plaisir, où l'on ne s'ennuie jamais. La forme du film dans le film apporte une véritable profondeur, et les changements de ton ne prennent pas le spectateur par la main, pour une ballade balisée. Pathé a donc eu le nez creux pour cette édition.