Test Blu-Ray Deux Hommes Dans La Ville

Notre test Blu-Ray

Test Blu-Ray Deux Hommes Dans La Ville

 

 

L'histoire:

Après avoir purgé une peine de dix ans, Gino tente de reprendre une vie normale. Avec l’aide de Germain, un ancien inspecteur de police, il entre dans le droit chemin et travaille honnêtement. Mais l’inspecteur Goitreau, l’homme qui l’avait mis sous les verrous dix ans auparavant, reste persuadé que cette nouvelle vie n’est qu’une imposture. Déterminé à révéler la véritable identité du repenti, il le harcèle sans relâche et tente de le pousser à bout…

Le Test Blu-Ray

Image 5/5

Décidément, Pathé réussit ses restaurations, avec une application indéniable, et ici en 4K. On retrouve intact le grain d'origine, la photo réaliste du film ne s'en trouve que mise en valeur. Les amateurs de la regrettée pellicule argentique (et on les comprend...) vont adorer !

Son 5/5

Une piste Mono DTS-HD Master Audio claire comme de l'eau de roche. Aussi clair que le ciel d'azur par un beau matin de Mai. Parfait pour profiter du travail d'un Philippe Sarde en super forme.

Bonus 4/5

Cette édition présente un peu moins de quarante minutes de bonus. Une présentation du film assurée par Sophie Seydoux au Festival Lumière de Lyon (4'), Un scénario musical (10') qui est en fait un entretien avec Philippe Sarde, et Deux Hommes Dans La Ville (22'), un documentaire signé Jérôme Wybon. A première vue, o,n se dit que c'est court, mais le contenu est tellement de qualité, distillant pas mal d'informations, qu'il serait injuste de bouder notre plaisir.

Le film


Qu'on se le dise, l'Histoire du cinéma français déborde d'anecdotes pour le moins succulentes. Le film ici abordé, Deux Hommes Dans La Ville, est connu pour être un véritable plaidoyer contre la peine de mort. Applaudit et adoubé par Robert Badinter, l'oeuvre a aussi connu un grand succès populaire, dépassant les deux millions de spectateurs, sans doute engagés contre la peine capitale. Et pourtant, il faut voir qui l'on retrouve aux commandes de ce film : José Giovanni en réalisateur, épaulé par Alain Delon en acteur et producteur. Le premier est un ancien collabo, condamné à la guillotine pour une bien terrifiante histoire de meurtre. Le deuxième n'a jamais caché qu'il se place en faveur de la peine de mort, allant jusqu'à écrire, le plus respectueusement du monde, à Robert Badinter qu'il pensait que la France faisait une erreur en abolissant l'exécution. Et pourtant, Deux Hommes Dans La Ville est, sans nul doute, l'un des films les plus puissamment miséricordieux du cinéma français, comme quoi...

Deux Hommes Dans la Ville réunit deux légendes, Gabin et Delon. Si la paire a déjà été réunit, dans les plus qu'excellents Mélodie En Sous-Sol et Le Clan Des Siciliens, elle n'a jamais été aussi bouleversante. Gabin est au crépuscule de sa vie (il mourra trois ans plus tard), tandis que Delon n'en finit plus de se bonifier, comme si son potentiel charismatique ne pouvait cesser de grandir. Sur le tournage, le respect entre les deux hommes sidére tout le monde, et ça se ressent parfaitement à l'écran. Alors que Deux Hommes Dans La Ville ne devait jouer que sur le rapport entre un éducateur et son voyon repenti, le rôle du premier devant originellement être tenu par Lino Ventura, le refus de ce dernier a sans doute apporté une profondeur de plus au film. Gabin a vieilli, est fatigué, et ça se voit, notamment dans ces premiers plans sublimes, où le monstre sacré hante des plans d'ensemble, de sa démarche si reconnaissable, le tout baigné par un thème sensationnel signé, en contre-pied, par Philippe Sarde.

Deux Hommes Dans La Ville fait un choix, tout au long de son récit. Celui de prendre parti. Contre la peine de mort, certes, mais aussi contre l'administration et ses lourdeurs éreintantes, les petits chefs, la difficulté de la réinsertion, mais aussi sur l'amour, ou encore l'incompréhension des droits communs par une jeunesse bruyante, mais finalement peu courageuse. Bien des thèmes, bien des possibilités de se perdre, et pourtant chacun d'eux est maîtrisé avec brio. On fait connaissance avec Gino Strabliggi (Alain Delon) subtilement, par le biais de Germain Cazeneuve (Jean Gabin), qui intervient auprès de la justice pour faire diminuer la peine de l'homme incarcéré, tout en se portant garant envers lui. Dès ces premières minutes, l'accent est mis sur la lourdeur du service public, le peu de considération pour la dignité humaine, même si le rationalisme l'emporte à ce moment précis. Cette victoire libère Gino qui, une fois relâché, met tout en œuvre pour mériter cette grâce.

Deux Hommes Dans La Ville décrit le cas de figure d'un ancien voyou, dont la motivation pour faire table rase du passé est motivée par un but ultime : le sentiment amoureux, qui pousse Gino à se trouver un travail, et y être appliqué. Sophie (Ilaria Occhini) est sans nul doute l'une des deux bouées de sauvetage pour le personnage, dont les toutes nouvelles valeurs vont malheureusement être mises à rude épreuve. Tout d'abord par son ancienne bande, qui n'hésite pas à le contacter, prendre la température. Notons d'ailleur que, parmi ces malfrats, figure un Gérard Depardieu débutant, mais dont le regard a déjà cette flamme qui fera la réussite de sa carrière. Gino a donc la possibilité de replonger, mais reste droit, et ferme face à la tentation. Le véritable danger, pour le personnage, n'est plus de retourner dans son gang, jamais le doute n'est laissé au spectateur. Non, l'abîme qui menace Gino est bien plus perverse, bien plus humaine en fin de compte.

Le destin de Gino est écrit dès l'intervention du drame absolu, la perte de la motivation, du personnage qui l'incarnait. Dès lors, le propos du film prend tout son sens, bien aidé par la construction du protagoniste incarné par Jean Gabin. Germain Cazeneuve, éducateur en fin de carrière, un peu désabusé, traverse le film sans pouvoir agir véritablement. Deux Hommes Dans La Ville capte l'épouvantable fatalité, le hasard qui se mue en irrémédiable destinée, bien aidée par l'administration de l'époque. Gino quitte Paris pour Montpellier, mais l'on sent déjà la menace roder autour de lui. Même déplacé dans le Sud, le moral à zéro, l'homme trouve la force de supporter son quotidien, se trouve un emploi. Cazeneuve ne peut qu'essayer de redonner espoir à Gino, ce qui est plutôt aisé en fin de compte, car l'homme a, donc, une deuxième bouée de sauvetage : son honneur. Mais celui-ci va être piétiné par la rencontre catastrophique avec l'inspecteur Goitreau (impeccable Michel Bouquet), celui même qui fut à l'origine de l'arrestation de Gino. Le hasard fait mal les choses dans cette réunion décisive, mais il n'est pas le seul fautif, l'administration a aussi son rôle dans le drame, elle qui forçait le personnage joué par Delon à pointer régulièrement au commissariat.

Dès lors, on est en plein Les Misérables, avec un inspecteur Goitreau reproduisant le cas de Javert, du moins en partie. Car, si Victor Hugo va jusqu'à mettre face à face son antagoniste et ses propres principes, Goitreau n'a même pas cette once de raison. Pour le flic, Gino récidivera. Et, c'est là toute la force de cette tragédie, beaucoup de choses peuvent aller dans le sens de l'inspecteur, quand on se met dans la peau d'une sorte d'enquêteur monomaniaque. L'ancien gang de Gino s'installe, par pure malchance pour lui, à Montpellier et, un jour, tout ce beau monde se croise. Goitreau assiste à la scène, il n'en faut pas plus pour le pousser à harceler celui qui devient sa proie. Gino est pris dans les serres de l'injustice et, même s'il s'est relancé amoureusement avec Lucy (Mimsy Farmer), il est encore fragile moralement. Mais, même poussé à bout, gardé à vue deux jours sans motif, le personnage garde son honneur, sa volonté d'être clean. Le spectateur, qui se retrouve en pleine empathie pour le protagoniste, ressent sa rage intérieuree, notamment dans la séquence où Gino va se passer les nerfs sur la carcasse d'une voiture, à l'aide d'un maillet. Mais, même là, alors que sa réaction est fondamentalement saine, le destin s'acharne : les propriétaires de la casse n'apprécie pas trop de voir une telle décharge d'énergie, adressée sur l'un de leurs biens pourtant voué à la destruction. On sent ici l'impact de monde, de l'Homme, de son égoïsme, qui sera confirmé lors du final tétanisant.

Deux Hommes Dans La Ville prend donc le parti de tout faire pour qu'on ne puisse que se retrouver du côté de Gino. Un choix qui rend clairement le film manichéen, c'est d'ailleurs ce que lui reprochait Ventura. Mais comment approcher autrement ce scénario, tant le cas de figure décrit n'existe que par l'acharnement contre lui ? Preuve ultime du bien fondé de ce manichéisme, Ventura regrettera amèrement d'avoir décliné l'offre. Car au-delà de son sujet principal, qui n'offre que peu de possibilités de s'échapper (et on ne le veut pas, d'ailleurs, le peine de mort non merci !), Deux Hommes Dans La Ville aborde d'autres sujets, plus mineurs mais qui donnent une belle vigueur au film. Le fils de Cazeneuve, Frédéric (Bernard Giraudeau, dans son deuxième rôle au cinéma), est un jeune typique de l'époque, soixante-huitard encore dans son idéalisme, n'ayant toujours pas remarqué les absences de certains combats dans ces manifestations. Alors, sans cette conscience du droit commun, Frédéric hurle, vocifère des slogans, mais n'intéresse plus personne, une simple baudruche dégonflée. Autre sujet particulièrement intéressant, l'impact du choix amoureux dans le destin tragique de Gino. Giovanni place, avec finesse, l'échec d'Evelyne (Cécile Vassort), la fille de Cazeneuve. Clairement sous le charme de Gino, ce dernier n'éprouve pas de sentiments identiques pour elle, ce qui le mène jusqu'à Lucy, une banquière. Une petite amie dans une banque, raison de plus pour Goitreau de penser que Gino prépare un coup. Quelle poisse insondable !

Afin de boucler son propos, Deux Hommes Dans La Ville se termine par une séquence inoubliable, aussi émouvante qu'horrifiante. Sans rentrer dans les détails, disons que Giovanni réussit un coup de maître en mettant en image un véritable cauchemar, malheureusement éveillé. La préparation à l'inimaginable sentence, la découpe du col, le verre d'alcool, les quelques taffes de cigarette, puis la marche vers la guillotine, tout reste gravé à jamais dans la mémoire. La performance de Delon, particulièrement, hante le spectateur bien après la fin. Son regard, bleu éclatant, plein de panique à la vue de l'immonde bois d'une justice aveugle et assassine, tétanise. Autant que la facilité avec laquelle le tranchant de la lame fait son office, en complicité avec le juge et le bourreau.

Deux Hommes Dans La Ville se termine alors, dans un nihilisme total. Le temps de revoir pour une dernière fois un Gabin errant, émouvant comme il savait si bien l'être, récitant en voix off une phrase de Robert Badinter : "Et derrière ces murs, j'ai vu une machine qui tue". Nous, on a aussi vu un grand moment de cinéma.