Interview de Jim Mickle pour le film We are what we are

L'interview de Jim Mickle lors du dernier festival de Deauville

 

Une première question sur votre carrière. Vos deux premiers films parlaient de pandémies, de maladies, de transformations du corps, du body horror comme Cronenberg. Pourquoi avez vous changé de catégorie pour We Are What We Are ?

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Je ne sais pas à vrai dire. Je ne sais même pas pourquoi j’ai fait deux premiers films comme ça.
Le premier s’est fait par chance et pour Stake Land, je ne voulais pas le faire au début parce que ça traitait à peu près du même sujet. Et je voulais le traiter de façon totalement différente, à l’extérieur, plus sauvage. En général, j’aime bien les réalisateurs qui changent de recette à chaque film.
C’est pour ça que dès qu’on a fini Stake Land je voulais faire un film très calme, avec peu de personnages, dans un espace très restreint au lieu de faire un gros film plus axé sur l’action comme Stake Land.
Ca me tenait à cœur de montrer qu’on pouvait faire quelque chose différentes, du calme, tranquille, sans grosses scènes d’action.
Et maintenant qu’il est fini, c’est vrai qu’on est très loin de ce genre de films. J’espère pouvoir continuer dans cette voie.

Pour We Are What We Are, les avis sont très partagés. Pensez-vous que la dernière scène est en trop ou au contraire la meilleure façon de finir le film ?

Pour moi c’est la meilleure fin possible. Je sais que ça ne sera pas le cas de tout le monde.
Je me rappelle d’une femme qui m’a dit que mon film était génial mais que les 5 dernières minutes étaient beaucoup trop sanglantes et ont ruiné le film. Je lui ai répondu : “Merci pour votre opinion mais je suis en désaccord total avec vous”. Oui, pour moi elle devait être comme ça.
J’adore les films qui génèrent de grosses réactions. Pour moi c’est la meilleure fin possible et je comprends que ça soit insoutenable pour des personnes qui n’ont pas l’habitude de ce genre d’histoires.
Je suis un grand fan de films d’horreur et je vois des films comme ça tout le temps. Ça n’est jamais assez pour moi.
Ce qui marche aussi beaucoup c’est le contraste qu’il y a entre le côté très posé du film et la fin. C’est ce que je trouve intéressant.

Vous dîtes que vous êtes un grand fan de films d’horreur. De quels films vous êtes-vous inspiré pour vos deux premiers ? Et pour celui-ci ?

Pas forcément pour celui-ci. Mais d’une manière générale, beaucoup de films japonais. J’adore la façon qu’ils ont d’être bizarres, de tenir des plans super longs de trucs dérangeants sans être démesurément effrayants avec des monstres.
Ce fut une très grosse influence sur ce film. J’ai dit à l’équipe qu’on allait faire un film japonais à l’envers. Si David Lynch était dans les bois et avait voulu faire un film d’horreur japonais, j’aurai voulu que ça soit We Are What We Are.
Pour les deux premiers, La nuit des mort-vivants évidemment et The Descent qui est pour moi l’un des derniers gros films d’horreur. La façon dont les personnages sont traités et les monstres qui ont été créés, la peur du noir, la claustrophobie… Tout ça combiné en un film, j’ai trouvé ça épatant. Sam Raimi a été le premier à me donner envie de faire des films.
J’ai vu L’Armée des Ténèbres quand j’avais 13 ans et ça m’avait étonné qu’on puisse s’amuser autant en faisant un film.
C’est la première fois que j’ai eu un lien avec ce que je voulais faire. Et c’est en grande partie grâce à Sam Raimi.

A la fin, il y a une explosion d’accessoires, os, chair… Pour vous, faut-il plus d’accessoires de ce type en général ?

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Non pour moi ça suffit pour que les gens comprennent le sens. En même temps, comme j’ai vu beaucoup de films d’horreur, une fois de plus, ça me semble normal.
Dans la plupart des films, ils vont mettre trois gouttes de sang alors que moi je vais leur dire : “Mais non ! dans la vraie vie c’est beaucoup plus sanglant !” J’ai traversé un événement assez grave dans ma vie récemment.
Quelqu’un de mon entourage a eu un accident de voiture et j’étais étonné de voir combien il pouvait y avoir de sang et à quel point c’était intense.
Ça m’a appris à quel point la réalité peut être horrible quand quelque chose comme ça se produit.

On dit toujours que quelqu’un qui fait un film avec des zombies est un type cool. Aimez-vous les films de zombies ?

J’adore ! Ma chienne, qui est dans le film d’ailleurs, s’appelle Zombie ! Je suis un grand fan des films de zombies : Shaun of the Dead, Bad Taste… J’ai regardé ces deux films en boucle un été avec L’Armée des Ténèbres quand j’étais adolescent.
En même temps, il n’y a pas eu de films de zombies très marrants ces dernières années… A part Shaun of The Dead

Voulez-vous faire un film de zombie avec vous dedans ?

Non ! Je suis terrible devant la caméra, c’est pour ça que je reste derrière. Je ne sais pas si j’ai envie de faire des films de zombies, enfin avec les zombies pour thème encore. J’ai lu quelques scénarii qui parlaient de ça mais les faire courir, attraper les gens, les dévorer… Non ça serait un enfer à tourner encore.

A propos du titre, We Are What We Are (nous sommes ce que nous sommes), est-ce un jeu de mot avec « You are what you eat » (vous êtes ce que vous mangez) ?

Je n’avais jamais pensé à ça sous cet angle. A chaque fois que j’en parle, c’est littéralement. Pour le meilleur comme pour le pire, on est ce qu’on est.
Et même si on apprend des choses et qu’on sait au fond de nous même que ce qu’on fait est mauvais, on est ce qu’on est. J’ai toujours adoré ce titre.
On ne peut pas change. La fin est vraiment quelque chose, quand les filles s’en vont avec le livre dans la jeep. C’est une question très intéressante : vont-elles continuer à perpétuer la tradition ou l’emportent-elles juste comme un souvenir, même s’il est très violent ?
C’est le genre de question qu’on avait envie de poser aux spectateurs.

Faites-vous votre propre collection d’accessoires ?

Normalement non. Mais j’en récupère quelques uns sur les tournages. J’ai une main de Mulberry Street qu’on écrasait.
J’ai aussi la tête de la nonne vampire de Stake Land sur mon mur. Je ne sais pas encore celui que je vais récupérer du dernier film.
J’attends d’en trouver un cool.

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Vous êtes un grand fan de Sam Raimi. Voulez-vous travailler avec lui, peut-être sur Evil Dead 4 ou avec Bruce Campbell ou quelqu’un dans le genre ?

Je ne sais pas parce que dans la réalité, quelqu’un comme Sam Raimi, j’ai été fan de ses premiers films. Mais les derniers qu’il a produit ne sont pas si bons. J’espère qu’il est toujours aussi bon mais à mon avis maintenant qu’il est à Hollywood, il doit avoir des obligations et ça devient surtout un business et j’ai peur qu’il ait atteint le point de non retour.Mais je n’espère pas.
Evil Dead
le remake avait de très bonnes idées donc je pense qu’il y a toujours un grand fan de films d’horreur quelque part.

La nouvelle génération de réalisateurs sont généralement des geeks. En êtes-vous un ?

Oui complètement ! Je regarde tout ce qui sort et je sais si ça va être bien ou pas. Vous savez, Cassie, qui joue la mère de la fille qu’on retrouve noyée dans We Are What We Are, c’est Bobbie Joe d’Evil Dead 2 !
Le dernier film dans lequel elle a tourné justement c’était Evil Dead et elle était sur la touche depuis 25 ans à peu près.
Sa filmographie entière c’est Evil Dead 2 et… We Are What We Are ! Ce dont je suis très fier d’ailleurs !

Et le livre dans We are what we are, c’est le Nécronomicon ?

(Rires) Non je ne lui ai pas donné de nom. Mais ça pourrait l’être !

Une idée pour le prochain film ?

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Oui ! On a fini de tourner samedi dernier. Il sortira dans le courant de l’année prochaine. Il est inspiré d’un livre de Joe R. Lansdale, l’auteur de Bubba-Ho-Tep, qu’il a écrit dans les années 80.
Il fera plus No Country for Old Men ou Blood Simple, une sorte de film texan des années 80.
Mais avec un super cast : Michael C Hall de Dexter qui tient le rôle principal, Sam Shepard, Don Johnson de Miami Vice qui débarque en plein milieu du film, ça va être génial.
Ça va être totalement différent des précédents. Il va y avoir plein de trucs effrayants mais ce n’est pas un film d’horreur.

Pour en revenir à We Are What We Are, est-ce que vous le considérez comme un film d’horreur ou autre chose ?

Non je pense plus que c’est un drame familial avec des éléments effrayants. Mais je ne pense pas que ce soit un film d’horreur. C’est au public de décider.
Mais je l’ai traité comme une histoire familiale et quand j’ai travaillé avec les acteurs et l’équipe, je leur ai présenté le film comme l’histoire d’une famille qui passe par des expériences traumatisantes, pour qu’ils ne le voient pas comme l’histoire d’une famille de monstres.
Donc non pour moi c’est plus un mélo-drame familial.

Cyril Poissonnier

Ils jouent dans We are what we are We are what we are

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