Retour sur l'avant-première de l'Amour est un crime parfait en présence de l'équipe

Jeudi 9 janvier, le mk2 Bibliothèque a donné aux cinéphiles l’occasion de bien commencer l’année cinéma 2014 avec l’avant-première de L’Amour est un crime parfait prolongée d’un débat avec les réalisateurs Arnaud et Jean-Marie Larrieu et trois des acteurs, Mathieu Amalric, Maïwenn et Karin Viard.

Polar franco-suisse d’où l’humour décalé des frères Larrieu n’est pas exempt, L’Amour est un crime parfait est adapté d’Incidences, le roman de Philippe Djian paru en 2010. L’intrigue s’inscrit dans un décor montagneux que l’on sait cher aux réalisateurs et se développe de façon très habile entre ironie, romance et drame. Voici quelques morceaux choisis de l’échange qui a suivi la projection.

sur la photo de gauche à droite : Amalric, Arnaud, Viard, Jean-Marie, Maiwenn



Arnaud et Jean-Marie, comment avez-vous découvert ce roman, et comment est né le désir d’en faire un film ?

Jean-Marie Larrieu : Je dois dire qu’il est tombé du ciel à un moment où on cherchait à se réinspirer après les derniers jours du monde et où on était un peu essorés. De manière désinvolte, on a dit un jour : « on fera un polar en Suisse » et voilà, on a lu le Djian et on a dit : « on va faire un polar en Suisse ! »

En même temps, c’est aussi la rencontre de thèmes et de sujets que vous avez abordés dans vos films précédents, à savoir le couple, l’hédonisme, mais c’est une version beaucoup plus sombre… Et là, le traiter sous le thriller et aborder le film de genre, c’était…


Jean-Marie Larrieu : … un polar en suisse, c’est la même chose, mais où tout est interdit, et où tout est très noir ! Et dans le film c’est ça, tout est secret : il ne peut pas coucher avec sa sœur, il ne peut pas coucher avec la belle-mère d’une étudiante disparue, il ne peut pas coucher avec ses étudiantes, il ne peut pas…

Il ne peut pas fumer !

Jean-Marie Larrieu : Il ne peut pas fumer… Mais il le fait ! C’est pour ça que c’est un polar.

Donc c’est à la fois sur le néoconservatisme et la transgression… (rires) On reste dans l’univers des frères Larrieu.

Jean-Marie Larrieu : Oui, on y reste mais dans une tonalité différente. Le fait d’avoir un roman, c’est dire qu’on va aller voir ailleurs. Et puis au cinéma, pour que ça marche, il faut qu’on revienne à soi-même, et peut-être qu’on a atteint l’âge où on peut aller voir ailleurs, ne pas avoir peur de se perdre…

Justement vous allez voir ailleurs, le roman de Philippe Djian était déjà écrit dans un style très cinématographique avec des références qui sont dans le film, à Hitchcock, notamment Psychose, mais il y a des stylisations dans ce film qui ne viennent pas de vos films précédents et qui ne viennent pas non plus du roman de Djian : quels étaient les partis-pris esthétiques et formels que vous aviez en tête pour la préparation du film ?

Jean-Marie Larrieu : Les thèmes sont dans les dialogues, et comme c’est un film sur le mensonge - tout le monde se ment -, on se ment avec du texte. Ça a été mon premier plaisir à la lecture et c’est celui-là qu’on a gardé, et puis après on s’est demandé qui accepterait d’être embêté par ce texte très embêtant.

Comment avez-vous choisi les décors ?

Jean-Marie Larrieu : Les décors… c’est comme les actrices ! (rires) On n’a jamais dissocié notre plaisir de filmer des décors et des actrices… C’est filmer quelqu’un dans un lieu… (Aux actrices :) Est-ce que ça vous a plu de jouer dans ces décors-là ?

Karin Viard : Moi j’ai adoré ce chalet incroyable perdu dans la montagne. Il y avait des points de vue incroyables, mais moi j’aime toujours comment vous filmez les paysages, comment vous filmez les corps… Il y a un regard particulier.

Jean-Marie Larrieu : On choisit souvent des décors forts, tournés dans des lieux extérieurs, dans la montagne, dans des lieux qui dépassent totalement le cinéma, les acteurs, qui sont totalement indifférents aux actrices, mais de mettre justement une actrice dans un lieu qui lui est indifférent, ça crée notre désir de cinéastes. Je ne sais pas, c’est mystérieux…

Maïwenn, c’est la première fois que vous jouez dans un film des frères Larrieu, comment s’est effectuée cette rencontre ?

Maïwenn : J’avais rencontré les frères Larrieu sur un autre film. Ils m’avaient fait passé un casting et ne m’avaient pas choisie,  mais c’était le casting qui m’avait donné envie de travailler avec eux. Je n’avais jamais eu des essais où les réalisateurs prenaient le temps, où on se sentait regardée, on se sentait aimée, alors qu’on savait qu’on n’était pas pris… Mais j’ai eu la sensation que j’étais prise ! Je me suis dit que si un jour ils me proposaient un film, j’aurais envie de le faire. J’ai adoré travailler avec eux.

Mathieu, vous êtes presque le troisième frère Larrieu parce qu’il y a une collaboration qui remonte à La Brèche de Roland. C’est votre quatrième film avec Jean-Marie et Arnaud. Il y a une grande diversité de rôles que vous avez pu interpréter, notamment celui-là, car ça pourrait être un personnage monstrueux, antipathique ou extrêmement déplaisant. C’est vrai que les dialogues de Djian apportent beaucoup d’humour, un humour un peu cynique, qui rend le personnage humain, pathétique et on est en empathie avec lui. Comment avez-vous travaillé ce rôle : en avez-vous beaucoup discuté avant ou y avait-il une grande confiance qui vous permettait de vous jeter dans l’aventure ?

Mathieu Amalric : C’est-à-dire que ce sont des amis très proches, je vois les difficultés qu’ils ont, l’espoir de trouver l’argent pour faire un film, pendant plusieurs années, donc c’est quelque chose qui vient de loin. Est-ce qu’on en a parlé ? Je ne sais pas.

Jean-Marie Larrieu : Non.

Mathieu Amalric : Ça devient totalement organique. On passe pas mal de temps ensemble, on espère ensemble…

Jean-Marie Larrieu : Matthieu arrive, il connaît le texte, il se lance, il plonge, et on a aussi peur que lui. Est-ce qu’il va y arriver ? Est-ce qu’on va y arriver ? Pour ce rôle-là, ça donne une non préméditation, c’est quand ça tourne que ça se passe. Ce qui est beau, c’est que ça donne un personnage de l’instant, alors que le texte était écrit à la virgule près.

Le film pratique un mélange des genres qui va du thriller, du polar à la comédie, mais il y a aussi une dimension qui est celle du conte fantastique, ne serait-ce que par le décor, l’environnement… Est-ce que c’était une direction que vous vouliez prendre ou était-ce déjà présent dans le roman ?

Jean-Marie Larrieu : Franchement, le conte, je pense que ça vient du rapport frère / sœur et des évocations de l’enfance, on a pris un vrai vieux chalet… Tous les lieux existent et dans un vieux chalet, il n’y a rien à faire, le conte est là.

Quelle est la part d’improvisation ?

Jean-Marie Larrieu : Au départ, les rôles étaient inversés entre Karin et Maïwenn. Tout à coup on écoute les désirs et on se dit : « ben oui, on inverse, on change », et une fois que tout ça est en place et qu’on donne le texte, on attend, chaque matin du tournage. Les acteurs arrivent et on regarde ce qu’ils donnent. Dans le cinéma il faut qu’il se passe quelque chose. Pour faire lâcher prise quand tout est possible, il faut des fois aller jusqu’à l’épuisement, c’est parfois tellement compliqué qu’on ne dirige plus tellement… Quand Maïwenn dit : « Je me fais un sang d’encre », elle s’est mise à pleurer alors qu’on ne lui avait pas demandé. Ça arrive et on l’accueille.

Maïwenn : Ça fait une certaine pression pour les acteurs que les réalisateurs ne parlent pas beaucoup. Moi en tout cas, je suis beaucoup plus impressionnée, donc je crois que quand je pleurais, c’était le contre coup ! Mais le fait d’être assez perdu fait que l’on est tendu, enfin du moins je me suis sentie comme ça.

Vous arrive-t-il d’être en désaccord ?

Jean-Marie Larrieu : On va laisser notre entourage répondre !

Karin Viard : Arnaud est au cadre et Jean-Marie parle plus volontiers aux acteurs. Mais en même temps, quand Arnaud voit quelque chose qui ne va pas dans le cadre, il n’hésite pas à le dire. Franchement, non, ils s’entendent bien ! Ça discute, ça relance sans arrêt la réflexion.

Mathieu Amalric : C’est une dialectique plus qu’une harmonie. Il y en a un qui a la chance d’avoir la vision de l’ensemble du film et l’autre qui va plus creuser les détails.

Maïwenn : Dès que la prise est terminée, Arnaud nous regarde, Jean-Marie regarde Arnaud… Tu ne pourrais pas dire qu’il y en a un au cadre et l’autre aux acteurs, ils sont complémentaires.

Jean-Marie Larrieu : Ce que eux ne voient pas, c’est les deux ans qu’on passe à écrire ensemble. Si éventuellement c’est difficile, c’est là. Toutes les réflexions sont possibles, toutes les insultes, tous les silences, on se permet tout, mais c’est la technique de travail. Donc quand on arrive au tournage, on est content, c’est peu la récré, c’est de la vie partout, c’est les costumes, c’est que du plaisir, et on est a priori assez en forme et assez d’accord, à partir du moment où c’est écrit ensemble. Ça ne nous est jamais arrivé qu’il y en ait un qui soit enthousiaste sur quelque chose et l’autre non.

Coralie Ls

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