Lost River : Critique et Masterclass

Après un début de carrière des plus réussi, Ryan Gosling s’essaye à la réalisation avec Lost River. Déjà présenté à Cannes lors du dernier festival, il revient avec un nouveau montage. A cette occasion, Ryan Gosling, accompagné de Reda KAteb, l’un des acteurs du film sont venus répondre aux questions d’une poignée de chanceux lors d’un Q&A.

Voici un résumé de ces 45 minutes de masterclass :

 

Influence, inspiration, rêve américain :

Ryan Gosling explique que les influences de Lost River viennent du fait qu’au Canada, il y a une idée très romantique de l’Amérique et du rêve américain. Détroit était une ville proche de là où il a grandit et il fut très surpris de découvrir une ville à l’opposé de l’image qu’il en avait, maison détruites, peu de familles. Le rêve américain avait viré au cauchemar. Donc un an avant le tournage, il a décidé d’acheter une caméra et de filmer cette ville et c’est ce qui a nourri l’écriture et le style du film.

Se promenez dans ses quartiers a quelque chose de surréaliste car on a la sensation que les habitants de ces quartiers sont les derniers habitants sur terre. Il s’est senti comme dans la Quatrième Dimension, comme dans un conte de fées sombre. Il ne croyait pas ce qu’il voyait mais il ne voulait pas en faire pour autant un film sur Détroit mais il souhaitait que le public ressente l’émotion qu’il avait ressenti. Il veut nous montrer le point de vue de deux adolescents qui pour grandir, ont encore besoin de se coté romantique et qu’il y a peut être un mauvais sort à lever. C’est une façon de garder espoir et c’est pour cela que les deux adolescents du film se croit dans un conte de fées.

D’ailleurs il ne pensait pas à la réalisation, mais quand il a découvert ses rues et ses familles, il s’est senti dans l’obligation d’en témoigner et plus il se promenait dans ses quartiers, plus il avait de la peine. Il est triste de voir des immeubles historiques détruits mais il trouvait aussi très beau la volonté de ces personnes à rester dans cette ville alors qu’elle est détruite et qu’ils n’ont presque plus rien.

Il s’est inspiré de nombreux films des années 80 comme Brisby et le secret de Nimh, mais aussi les film Amblin (E.T., Retour vers le futur, Gremlins…) mais aussi Les Goonies. Pour son compositeur Johnny Jewel, c’est une version sombre des Goonies. Mais il avait aussi envie de revisiter le thème d’une famille menacée qui a la possibilité de s’en sortir de façon mystique et poétique. Il voulait rendre hommage à certains réalisateurs mais aussi montrer la façon dont il voit le cinéma et les films qu’il souhaite faire.

Ryan Gosling s’est influencé du théatre du Grand-Guignol de Paris ainsi que d’autres lieux de l’époque comme la Tavern of the Death ou le Hell’s café (la devanture du cabaret où travail Christina Hendricks vient de ce dernier). Quand il a choisi de tourner à Détroit, il a pensé aux lieux dévastés par une tempête ou un ouragan. C’est souvent dans ces endroits là que ce genre de lieux et de personnes se trouvent. Et ce genre de “cabaret” leur permettent de montrer leur part la plus sombre, de faire remonter a la surface leur noirceur et de l’intégrer au conte de fées.

Et c’est aussi dès le début qu’il a choisi cette dimension onirique à la limite du fantastique. Une façon de montrer que cette famille cherche à tout prix à s’accrocher à son rêve alors que dehors c’est le chaos. Et il voulait le traduire en donnant l’apparence d’un rêve car les adolescents vivent sur une fine ligne entre réalité et fantastique. Mais il y a aussi eu des moments très réels comme la scène de la station essence, la seule station à des kilomètres. Là une vieille femme arrive et danse avec Matt Smith. Il ont ressenti comme une tension, qu’il y avait quelque chose de spéciale que les gens venaient chercher. Il a donc décidé de les intégrer pleinement au film et cela lui a donné une dimension extraordinaire. Leur présence était à la fois dangereuse car il ne les connaissait pas mais ils avaient un réel charisme qui donné une identité particulière au film, un lien étroit entre réalité et fantaisie.

 

Reda Kateb : son rôle, le tournage, le rêve américain...

Reda Kateb rajoute que contrairement au tournage habituel où l’on superpose une réalité-fiction a un endroit, là ce ne fut pas le cas. Les échange ce sont fait avec des gens de la ville heureux que le tournage se passe chez eux. Et parfois, des habitants de la ville se retrouvaient mêlés au tournage et on ne distingue pas vraiment les moments prévus et les moments authentiques. c’est comme ça qu’on fait du cinéma dans ce genre d’endroit.
Concernant son rôle, il nous explique que son personnage fait corps avec son taxi et que quand Christina Hendricks est dedans elle est dans une sorte de bulle, à l’abri du monde extérieur qui tente de la dévorer. Lui est comme un chevalier servant désintéressé qui ne tentera pas de la séduire. Il nous dit que quand on lit un scénario, il y a ce qu’il y a d’écrit et ensuite l’histoire racontée par le metteur en scène.

Concernant le coté rêve américain, il l’a eu étant jeune mais plus maintenant sauf peut être dans le cinéma car il existe plusieurs forme de cinéma. Dans le film j’utilise la phrase “Tout le monde roule sur l’or” et c’est venu de l’improvisation. Des immigrés d’Algérie on expliqué qui’ls avaient cette image de la France et ça peut se transposer partout. On pense toujours que ce sera plus facile ailleurs mais c’est un malentendu. Et il a aimé qu’une part d’improvisation soit possible, non pas pour faire du blabla mais pour inventer des choses. Il s’est senti à la fois livre et guidéet c’est très rare.

Il a été étonné de recevoir le scénario de la part de Ryan Gosling car il ne pensait pas que ce dernier le connaissait. Lui avait beaucoup d’admiration et de respect pour son travail d’acteur et il se doutait que c’était quelqu’un qui avait un milieu artistique dépassant l’image qu’il peut donner. Mais il avait aussi peur que si le scénario ne lui plaisait pas, comment faire. Mais dès qu’il a lu le scénario, il a adoré l’idée du conte noir qui s’inscrit dans le réel.

Il nous dit que la façon de travailler de Ryan est marrante. Il l’a entendu dire une fois que tourner c’est comme être acteur car il faut faire semblant que tout ca bien alors qu’il y a toujours un problème. Mais il avait toujours l’air détendu et communiquait avec énergie à toute l’équipe. Il restait actif sur le tournage, comme un acteur, il cherchait les choses mais laisse aussi ses acteurs les créer. Il a tenté de recréer cet atmosphère que le court métrage qu’il vient de finir, de guider en donnant de la liberté et que les gens soient heureux d’être là.

 

Ryan Gosling : le montage, sa relation au cinéma indépendant…

Ryan Gosling explique que le montage à changer depuis sa projection à Cannes car il avait utilisé des morceaux de musique qui n’étaient pas encore tombé dans le domaine public. Comme les scènes étaient entièrement basées sur ces morceaux, il a préféré les retirer plutôt que de changer la musique.

Il nous parle ensuite de sa relation avec le cinéma indépendant. C’est un cinéma qu’il aime car il y a vécu des expériences formidables. C’est le cinéma où il est possible d’expérimenter de se retrouver dans un esprit d’étudiant et il adore ca. Il nous parle de son expérience sur Danny Balint, l’un de ses premiers films où il joue un jeune néo-nazi. C’était un film totalement indépendant avec un sujet difficile et étrange et qui était un vrai défi. Ils ont du se battre afin de trouver un public. Il a ensuite tourné dans des grosses machines mais ça n’a jamais été aussi fort.

Sur les différences entre cinéma indépendant américain et français, Reda Kateb nous explique qu’il y a plusieurs manières de faire du cinéma que ce soit en France, aux Etats-Unis ou ailleurs. Et c’est pareil pour le cinéma indépendant et celui qu’il préfère c’est celui qu’il a vécu sur Lost River : se glisser dans des lieux et raconter des histoires avec les gens des endroits où ils tournent.

La seule généralité qu’il peut donner sur le cinéma indépendant c’est qu’il y a une liberté mais qu’il y a plein de façon différente d’en faire.

Dans la chanson Buried in Water, que Ryan Gosling joue avec son groupe Dead Man’s Bones, il parle déjà de cité engloutie. Il nous explique que cela remonte à son enfance où il se baignait dans un lac qui avait englouti plusieurs villages et que lorsqu’il l’a appris, il n’a plus voulu se baigner dans cette eau. Quand il a commencé à tourner Lost River, l’image de son enfance a du lui remonter inconsciemment. Filmé ces immeubles c’était comme des images d’épaves qui laisse transparaître une forme de carcasse mais dont la vie est engloutie. Au final la ville de son enfance et son film se rejoignent.

 

 

 

Critique de Nadège Deschamps : esthétiquement parfait mais manquant d’émotion

Note : 6/10

 

La première chose que l’on remarque tout de suite dans Lost River c’est sa qualité esthétique. L’image est très travaillée et d’une très grande qualité. Il a très bien maîtrisé le choix des lumières avec une ambiance sombre et apocalyptique d’une ville presque inexistante, la photographie est sublime. Rajouter à cela une musique envoûtante et électrisante composée par Johnny Jewel et Chromatics, Ryan Gosling maîtrise son film et surprend.

Mais voilà, le scénario, ce conte de fées virant au cauchemar manque cruellement d’émotion et on ne s’attache pas assez aux personnages. De plus, le thème du film est très particulier et très sombre virant au gore grand-guignol (une de ses inspirations). C’est un choix qui ne convient pas à tout le monde et même si son message est beau, la forme du film ne permet pas vraiment d’y adhérer facilement. On regrettera aussi la certaine lenteur du film.

Le casting quand à lui est très bon.

Pour un premier film, Ryan Gosling nous propose un film très envoûtant mais qui laissera des personnes dubitatives. Malgré de très grandes qualités, le film laisse comme un manque.

 

Merci Ryan Gosling et Reda Kateb pour leur venue,
et merci à The Jokers Films et Cartel pour nous avoir offert cette superbe rencontre.

Nadège Deschamps

Ils jouent dans Lost River Lost River

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