[Critique] Le Prince de Hombourg : Une ôde à la vie, romantique et théâtrale

Cette adaptation du Prince De Hombourg est intéressante à plus d'un titre. Tout d'abord, aborder l'auteur allemand Heinrich Von Kleist, grand maître du romantisme d'outre-Rhin, est toujours attrayant (La Marquise d'O de Eric Rohmer, par exemple). De plus, le nom à la réalisation fait grand effet : Marco Bellochio, qu'on connaît pour nous avoir donné Les Poings Dans Les Poches (adoré par un certain Luis Buñuel), le très engagé Au Nom Du Père, ou encore Le Saut Dans Le Vide. Autant de films furieux, où la rage à l'italienne avait encore une part importante. Voir Bellochio s'emparer de la pièce de Kleist avait quelque chose d'encourageant, d'ailleurs le Festival De Cannes choisit ce film en 1997, afin de représenter l'Italie en Compétition Officielle.

Le Prince De Hombourg (Andrea Di Stephano) est un jeune commandant de la cavalerie du Brandebourg, alors que la guerre de Hollande fait rage. Atteint de somnanbulisme, il est victime d'une crise assez poussée, qui le conduit jusque dans les jardins, où sa famille et sa fiancée, Natalia (Barbara Bobulova), semblent s'amuser de la situation. Au réveil, le Prince est troublé par la vision d'un gant, laissé par sa bien-aimée Natalia, au point de n'écouter que distraitement les consignes militaires. Ainsi, le jeune homme se trouve en position fâcheuse et désobéit en lançant une attaque imprévue. Celle-ci, cependant, fait gagner la bataille en cours. Mais le chef des armées, qui se trouve être l'oncle du Prince, ne peut passer outre l'indiscipline de son neveu. Ainsi, il le condamne à mort...

De cet argument théâtral d'un classicisme redoutable, mais terriblement bien ficelé, Le Prince De Hombourg par Marco Bellochio retient avant tout le sujet de la rêverie, le songe d'une existence plus remplie que celle que le personnage principal vit jusqu'alors. Non que le film serait un fantasme formel, mais plutôt une approche fondamentale de ce qu'on pourrait appeler "une vie palpitante". Le spectateur sera sûrement étonné par les réactions du Prince, qui passe du refus à l'acceptation sans grande motivations, de moins de prime abord. Car, on le comprend en sous-texte : le jeune homme désire la mort afin de donner des lettres de noblesse à sa vie.

Le Prince de Hombourg fait donc passer l'imaginaire au-dessus du réel, mais ne calque pas sa réalisation sur ce choix. Marco Bellochio impose une mise en scène calme, intentionnellement théâtrale. Mais il n'hésite pas à attendre avant le cut, à laisser tourner, ce qui donne une ambiance contemplative parfaite, car non forcée par des effets de style encombrants, afin de souligner le propos sans pour autant le surligner au stabilo bien vulgaire. Les choix artistiques font de ce Prince De Hombourg une oeuvre parfois impressionnante visuellement, notamment grâce à une photographie travaillée, et une musique aussi grandiloquente qu'étrangement détonnante.

Le Prince De Hombourg n'est pourtant pas exempt de tout reproche. Les amateurs de la pièce d'origine pourront tiquer face à la réécriture de certains dialogues. Aussi, on ne peut s'empêcher de trouver le film un brin bavard et académique dans la mise en scène des dialogues, à base de champ-contrechamp. Même si on apprécie que la caméra puisse parfois se fixer sur les émotions,, sur l'écoute des personnages et, ainsi, leurs tics qui veulent tout dire, on a parfois l'impression d'une petite platitude. C'est évidemment recherché par Marco bellochio, afin de garder un ton théâtral, mais parfois on se demande si l'effet n'est pas un peu trop poussé.

Mais rien de bien grave, car Le Prince De Hombourg reste une oeuvre importante de la carrière de Bellochio. Impossible de terminer sans aborder la direction des acteurs. Ces derniers semblent véritablement marqués par leurs rôles, on se doute que la méthode n'était pas loin de celle de Robert Bresson : épuiser le jeu pour ne retenir que la vérité, tout en gardant à l'esprit que l'expression peut aussi avoir un sens (donc une petite différence avec Bresson et son cinématographe). Andrea Di Stefano, un inconnu à l'époque de la sortie du film, qu'on a depuis vu dans Paradise Lost ou L'Odyssée De Pi, capte bien l'attention et fait preuve d'une présence physique remarquable. Quand à Barbara Bobulova, radieuse dans son rôle, on l'a récemment croisé dans Les Âmes Noires (malheureusement passé inaperçu en France, espérons qu'il soit découvert avec le temps), ou encore le thriller Closed Circuit.

Au final, voilà une ressortie importante, signée Carlotta, un habitué en la matière. Une bénédiction pour les cinéphiles, et un travail important pour l'Histoire du cinéma.

Note : 7/10

The Duke

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