[Critique] Sicario : le thriller le plus impitoyable de l'année !

Voilà, c'est devenu une sorte d'habitude : on attend le prochain millésime signé Dennis Villeneuve au même titre que pour tout grand auteur. Pourtant, son Ennemy avait un peu divisé les foules, entre admiration pour une mise en scène déstabilisante, et perplexité quand à un scénario superficiellement alambiqué. Sicario, mine de rien, se doit de mettre les choses au clair, et se retrouve avec une certaine forme de pression.

Pourtant, Sicario s'empare d'une thématique forte et usitée, comme pour mieux se donner confiance. L'histoire prend place à la frontière américano-mecicaine, alors que la zone est devenue un véritable bourbier aux mains des gangs. Kate (Emily Blunt), agent du FBI très idéaliste, se fait enroler par Matt Graver (Josh Brolin), un agent gouvernemental spécialisé dans la lutte contre le trafic de drogue. La jeune femme doit faire équipe avec Alejandro (Benicio Del Toro), un énigmatique consultant, qui va la mener dans une aventure clandestine, qui remettra en question les convictions les plus profondes de la jeune femme.

On est bien loin du trip cryptique d'Ennemy, Sicario revient aux fondamentaux et s'applique à rester captivant. Tout débute par une séquence déjà choc, une arrestation qui tourne terriblement mal et, surtout, s'occupe à poser les bases : montrer toute l'horreur des cartels, dans ce qu'ils ont de plus barbare. D'ailleurs, précisons au spectateur qui découvriraient l'épouvantable activité de la frontière que Sicario n'exagère rien. Certains actes ultra-violents que vous découvrirez sont directement inspirés par l'actualité dramatique du Mexique, pays en proie à une véritable guerilla depuis quelques années. L'énorme morceau de bravoure du film, la séquence à Juarez, peut paraître comme exagérée. Rappelons que Ciudad Juarez est connue comme étant la capitale mondiale du crime, et si les chiffres des homicides baissent depuis le déploiement de l'armée en 2010, voir un cordon de voitures blindées dans les rues de cette étrange cité n'a absolument rien d'irréel...

Toute la question était de savoir si Sicario allait réussir à imprimer, à l'écran, toute l'angoisse que provoque cette région, aussi sèche que la volonté des grands délinquants. Clairement, la réponse est positive, et plusieurs fois on en a la gorge nouée. Dennis Villeneuve emploi des ficelles efficaces, même si pour la plupart déjà-vue, comme la musique directement liée au rythme cardiaque du personnage principal, donc par extension du spectateur. C'est classique, mais ça marche toujours et, couplé à un sens de la mise en scène hors pair, ça accouche de certaines des plus belles séquences de l'année. Le passage à Juarez, donc, mais aussi tout le dernier quart, véritable montée en puissance débutée par une redistribution des cartes pour le coup très courageuse. Le scénario, malin, arrive à alterner grosses et petites astuces pour, finalement, mieux nous surprendre.

Le fondamental de Sicario, quand à lui, est intéressant à aborder. Dennis Villeneuve se passionne pour les apparences, les masques, ce qui se cache en-dessous. Le sujet du film ne pouvait que lui aller comme un gant, mais ici ce n'est plus un masque à taille humaine, mais celui des Etats-Unis, dont certains côtés hypocrites, dans la lutte contre les cartels, ont de quoi surprendre. Sans être non plus un brulôt contre le gouvernement aéricain, Sicario pointe du doigt un fonctionnement vicieux et vicié, qui pousse les forces de l'ordre à être, eux-même, très limite niveau légalité. Devant la caméra de Dennis Villeneuve, c'est tout un système judciaire qui se retrouve sous le feu de la critique, et l'on est soufflé par tant de justesse.

Le casting de Sicario s'occupe de boucler l'énorme impression que laisse le film. On va faire simple, Benicio Del Toro livre là une prestation exceptionnelle, très certainement la meilleure de l'année. Emily Blunt, quand à elle, est aussi irréprochable, et surtout son personnage lui permet de demeurer loin des clichés, qu'ils soient "femme faible" ou "femme forte". Son évolution, tout au long de l'intrigue, est convaincante, puissante et juste. Quand à Josh Brolin, il cabotine un peu, mais n'est jamais en roue libre. Seul regret, on sent que Sicario aurait pu facilement tenir sur une demi-heure de plus, notamment pour le développement de certains personnages secondaires, comme celui interprété par Maximiliano Hernandez, le policier Silvio dont le destin tragique aurait pu être encore plus mémorable. Voilà la preuve ultime de la réussite incontestable qu'est Sicario : on en veut encore, et plus. Dennis Villeneuve aurait déclaré vouloir en réaliser une suite (après Blade Runner 2), on ne peut que l'encourager dans cette direction !

Note : 9/10

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