[Critique] Gemini Man: Une immense démo technique! Et retour sur la rencontre avec Ang Lee

Pour savoir d’où vient le projet Gemini Man, il faut remonter en 1997, lorsque le scénariste Darren Lemke propose une ébauche au producteur Don Murphy, le projet appartenant à l’époque à Disney, des premiers tests furent effectués afin de rajeunir un acteur numériquement (appelé The Human Face Project, des images du test sont trouvable sur internet), mais la technique n’étant à l’époque pas au point, le projet est mis au placard.
Depuis, le film a connu plusieurs tentatives de résurrection, ainsi que plusieurs réécritures, annoncé mort et enterré plusieurs fois, Gemini Man est désormais une réalité, et c’est le Taiwanais Ang Lee qui est en charge.

Voir Ang Lee au commande d’un tel film n’a en 2019 rien d’étonnant, depuis désormais une décennie, il est à la pointe de la technologie, ayant fait avec Life of Pi une des 3D les plus stupéfiante qu’on ait vu (ainsi qu’un tigre numérique, toujours bluffant de réalisme 7 ans après), et s’étant déjà frotté au HFR pour son sublime « Billy Lynn Long Halftime Walk » (Malheureusement très peu diffusé dans ce format à travers le monde) Ang Lee se sert du Budget alloué a Gemini Man pour réaliser une démo technique absolument impressionnante. 120 images/seconde, 3D Native, de-aging ; tout est prétexte à nous en mettre constamment plein la vue et à nous offrir un aperçu de ce que pourra donner le cinéma du futur, lorsque ces technologies se seront démocratisées. Mais malgré ce qu’on aurait pu penser, cette prouesse technique n’est pas purement gratuite, et au contraire, sert totalement le propos du film. Se servant de l’aspect très étrange, presque trop réaliste de l’image lorsque tourné en HFR, et associé à la photographie de Dion Beebee (qui avait notamment fait le Miami Vice de Michael Mann), Ang Lee nous offre un film d’action à l’image extrêmement réaliste, à l’opposé d’un John Wick baigné dans une lumière faite de néon. Ce traitement particulier de l’image associé à la 3D fait de Gemini Man une folle expérience immersive, c’est d’ailleurs uniquement sur la volonté d’immersion que s’appuie d’Ang Lee, la caméra filmant l’action le plus proche possible des personnages lors de plans inhabituellement long pour un film d’action.

Malheureusement, malgré tous les effort fourni par Ang Lee pour le transcender, et malgré les multiples réécritures opérées depuis le premier jet il y a de cela plus de 20 ans, Le scénario de Gemini Man est celui d’un actionner basique des 90’s, l’action se résumant aux protagonistes allant quelques part, affrontant le clone pour fuir ailleurs, chaque confrontation faisant évoluer les rapports entre Will Smith et son clone, mais tout cela reste bien trop prévisible pour surprendre qui que ce soit.

Le traitement générique des personnages n’aidant pas, on pourra se consoler avec une performance intéressante d’un Will Smith plus impliqué que d’habitude, dans un double rôle nous faisant prendre conscience qu’il est devenu un bien meilleur acteur qu’il ne l’était lors de l’époque de « Bad Boys », épaulé par une Mary Elizabeth Winstead parfaite, comme à l’accoutumé, Seul ombre au niveau du casting, un Clive Owen en sous régime, incarnant un bad guy absolument oubliable et générique.

Gemini Man n’est surement pas le meilleur film de son réalisateur, mais il n’en demeure pas moins important, offrant des séquences d’action parfois sublimes et permettant pour la première fois de l’histoire la distribution large d’un film en 120 images/secondes. Pas un immense film, mais une immense démo technique.

La Rencontre avec Ang Lee:

Suite à la projection, Ang Lee est venu en personne répondre aux questions des spectateurs.

La première question posée tournait autour de la vitesse de défilement inhabituelle d’on bénéficiait le film (120 images/secondes), à ce moment-là, on sentait le réalisateur dans son élément. Il s’est alors confié sur ses regrets par rapports à son dernier film (Billy Lynn), le fait qu’il n’ait pas eu le temps de préparation nécessaire à l’époque, mais qu’il a pu rectifié le tir sur ce film ci, qu’il a brisé une des règles élémentaires du cinéma enseignée dans toutes les écoles du monde « le cinéma, c’est 24 images par secondes » expliquant que cette vitesse de défilement ne pouvait s’accorder avec le moindre panoramique sans provoquer une images saccadée, la technologie utilisée sur Gemini Man lui permettant de faire le film le plus fluide possible (l’effet de saccade disparaissant entre 90 et 120 images par secondes), malgré tout, il a affirmé que même si la projection à laquelle nous venions d’assister était en 4k et 120 images par secondes, il validait le film à partir en 2k, à partir du moment où celui-ci était projeté en 60 images secondes.

Une autre question portait sur la technologie du deaging, permettant à Will Smith de se confronter à son jeune Clone. Ang Lee fit alors part des difficultés rencontré par lui et son équipe, les plans de deaging coutant extrêmement cher, et le clone apparaissant dans de multiples scènes d’action, son équipes de cascadeurs était fortement contrainte et ne pouvait rien improviser sur le plateau, l’intégralité du film étant déjà story-boardée et prévisualisée en amont, cela l’a d’ailleurs poussé à réapprendre sa mise en scène, lui non plus ne pouvant improviser, il a déclaré que tout le film s’était fait lors de réunion durant la phase de préparation du tournage, ce dernier étant l’accomplissement de long mois de travail visant à le rendre le plus précis possible.

Les modèles numériques pour le jeune Will Smith ont été basés sur le film Bad Boys, mais ce dernier ayant pris du galon en tant qu’acteur, son jeu est désormais différent, créant un effet étrange voulu par le réalisateur, la sensation de voir un personnage familier, mais légèrement différent.
Après tout, c’est surement ça le futur du cinéma, prendre des thèmes familiers, et grâce aux nouvelles technologies, opérer 1001 variations sur ces derniers.

Antoine Rousseau

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